lundi 15 décembre 2014

Focus sur...#3 Des mots dans le temps : Quand sympathie rime avec Histoire

Aujourd'hui, c'est lundi. Et le lundi, soit on a pas de bol et on est pris en otage à Sydney, soit on est vraiment chanceux et on peut lire "La petite histoire de l'Histoire"

Comme j'ai pas les moyens d'aller à Sydney, je suis heureux de pouvoir écrire cette chronique un peu spéciale aujourd'hui.

Allez, trêve de bavardage et allons-y pour ce Hors Série "Citations".

1. Le siège de Béziers ou la Grande Boucherie :

Nous sommes en 1209. Le pape a ordonné une croisade en France contre l'hérésie Cathare très présente dans le Languedoc.

20 000 croisés se présentent devant la ville de Béziers dont ils commencent le siège. Sympa, ils conseillent aux vrais catholiques de quitter la ville pour ne pas partager le sort des cathares que l'on devine peu enviable.

Les habitants de Béziers, sûrs de leur murailles, refusent tout net.

L'assaut est alors ordonné. Les croisés, un peu embêtés, demandent au légat du Pape comment reconnaitre un Cathare d'un Catholique parce que bon, ils se ressemblent un peu quand même et on voudrait éviter de faire une boulette en tuant un bon chrétien. Arnaud Amaury, le légat du Pape, déclare alors :

" Tuez les tous, Dieu reconnaitra les siens"

Les soldats obéissent, la défense de Béziers cède et les croisés envahissent la ville, massacrant tout le monde, y compris les gens qui se sont réfugiés dans les églises. Les témoignages divergent, on fait état de 14 000 morts, 20 000 ou plus. Quoiqu'il en soit, cet épisode sanglant entre alors dans l'Histoire sous le nom de "Grand Masèl" en occitan : la Grande Boucherie.

Bien sûr, Béziers a servi d' "exemple" afin que les villes suivantes se rendent plus vite...Bel esprit  chrétien!

2. L'amour fraternel selon Charlemagne :

Retour dans le temps, nous sommes en 768. Pépin le Bref, roi des Francs s'éteint. Il a eu la bonne idée avant cela de respecter la tradition franque et a partagé son royaume en 2 parts plutôt égales entre ses deux fils : Carloman et Charlemagne.

Sauf que Charlemagne est un conquérant ambitieux. Il présage déjà qu'il ne sera pas qu'un simple roi Franc. Mais le royaume de Carloman le gène dans son expansion. On ne peut quand même pas faire la guerre à son frère? La situation ne dure pas bien longtemps : en 771 un moine se présente devant Charlemagne et lui annonce :

"Dieu vous a témoigné d'une faveur spéciale en enlevant de ce monde Carloman"

Il a bon dos Dieu tiens...le grand Charles aurait fait assassiner sans remord ce frère gênant. Enfin en tout cas, cette mort est une excellente nouvelle pour Charlemagne qui hérite du même coup de la moitié du royaume que son père avait laissé à Carloman. Pour cela, il n'hésite pas une seule seconde à spolier ses neveux qui doivent précipitamment quitter le royaume avec leur mère.

Charlemagne, lui est en passe de devenir l'empereur et d'entrer dans l'Histoire comme le père de l'Europe, continent né dans le sang d'un fratricide.

3. Louis XI ou l'amour d'un père pour sa fille

Nous sommes en 1476. Louis XI n'a plus qu'un seul fils en vie : le futur Charles VIII(mais si vous voyez qui c'est : celui qui s'est tué en se fracassant la tête contre un linteau de porte après avoir glissé sur des excréments)

Si Charles venait à mourir avant d'avoir des enfants, la couronne passerait au cousin de Charles, le beau Louis d'Orléans. Ca, Louis XI ne peut même pas l'envisager! Pourtant, c'est bien lui, le roi impitoyable, qui a pris sous tutelle cet héritier gênant quand il avait 3 ans, car le papa de Louis d'Orléans est resté prisonnier des anglais 25 ans après la bataille d'Azincourt. Mais voilà, le rêve du roi est de voir disparaitre la branche d'Orléans.

Là, ce bon vieux Louis a une idée à la fois cruelle et cynique : il décide de marier sa fille Jeanne l'Estropiée à son cousin Louis d'Orléans. Comme son nom l'indique, la pauvre jeune princesse n'est pas un parti valorisant pour Louis : bien qu'ayant un visage agréable, elle est de petite taille, voutée, a une épaule plus haute que l'autre, et boîte.

Le roi ne laisse pas beaucoup le choix à Louis mais lui offre tout de même une dot largement supérieur à la moyenne pour compenser le physique ingrat de la future mariée.

Le jour de la cérémonie, le roi Louis XI va glisser à l'un de ses proches :

"Pour ce qu'il me semble, les enfants qu'ils auront ensemble ne leur couteront pas cher à nourrir!"

Au final, en 1499, après Louis XI, Charles VIII meurt sans descendant. Louis d'Orléans va donc tout de même hériter de la couronne et devenir Louis XII. Il s'empresse de faire annuler son mariage par le Pape, arguant qu'il n'a pas été consommé : mais bien sûr...après 23 ans, on y croit à mort!

La pauvre Jeanne déclarera lors du procès pour annulation :
"Bien que je sache très bien que je ne suis ni aussi jolie ni aussi bien faite que les autres femmes le mariage a bel et bien été consommé".

Après l'annulation du mariage, Jeanne se retire au couvent à Bourges.

4. Napoléon ou le pragmatisme à toute épreuve :

Durant la nuit du 19 au 20 mars 1811, des cris de femmes résonnent dans le palais des Tuileries. L'impératrice Marie-Louise d'Autriche vit un accouchement difficile qui va durer 12h.

L'enfant se présente en effet par les pieds, et la mère et le bébé sont en danger de mort.

Napoléon fait les cent pas à l'extérieur de la chambre, et entend aux cris poussés par sa femme que tout ne se déroule pas au mieux.

Lorsqu'au petit matin Corvisart, le médecin personnel de l'empereur vient le voir, tout tremblotant, épuisé, pour lui annoncer la naissance d'un fils, Napoléon ne comprends tout d'abord pas les paroles du médecin qui a du mal à articuler avec la fatigue. Napoléon croit comprendre que l'impératrice est morte durant l'accouchement. Il lance :

"Quoi Corvisart? Elle est morte? Eh bien si elle est morte qu'on l'enterre!"

Que dire de plus? Compassion, amour, empathie...les mots me manquent!

5. Jules de Polignac, le gars qui n'a rien compris :

28 juillet 1830. Le peuple gronde et une nouvelle révolution est en marche pour chasser Charles X du pouvoir.

Le 1er ministre du roi est un aristocrate qui se nomme Jules de Polignac. Il est ultra royaliste et n'envisage pas une seule seconde que ce qu'il se passe dans la rue puisse être entendu. Il prétend également que la Vierge lui apparait tous les matins et qu'il suit ses conseils...drôle d'idée quand on voit ce qui va suivre.

Lorsque le peuple monte sur les barricade en cet été 1830, il ordonne à la troupe de tirer sur la foule. Puis, lorsqu'on vient l'avertir que la troupe a fraternisé avec le peuple, il déclare :
"Eh bien qu'on tire sur la troupe!"

2 jours plus tard, le roi est chassé de Paris, la 2e Révolution a renversé le régime en place et Jules de Polignac avec!

6. Clémenceau, le roi de la punchline :


Le 16 février 1899, le président de la République en exercice, Félix Faure, meurt au palais de l'Elysée en pleine nuit.

Comme le disent alors les journaux de l'époque, il est mort d'avoir trop "sacrifié à Vénus" : en gros, il est mort d'un orgasme fatal alors qu'il était avec sa maîtresse, Marguerite Steinheil. Pour être encore plus précis, la demoiselle était en train de lui prodiguer une spécialité buccale fort appréciée par les hommes quand Félix a eu la bonne idée de mourir, ce qui valut à Marguerite le surnom de la "Pompe Funèbre"

Georges Clémenceau, jamais avare de bons mots, et qui ne pouvait pas blairer Félix Faure a ensuite déclaré :
"Il voulut être César, il finit Pompée"

Mais aussi :
"En entrant dans le néant, il a du se sentir chez lui"
Pour bien achever le tout, Georges a encore balancé à propos de son "ami" :
"Ca ne fait pas un français de moins, mais une place à prendre"


J'espère que ce billet un peu spécial et plus long qu'à l'accoutumée vous aura plu. Si c'est le cas, aimez, commentez, partagez! Si ce n'est pas le cas, eh bien écrivez à notre service client qui se fera un plaisir de répondre à votre réclamation sous 800 jours.

La semaine prochaine, ne ratez pas le prochain épisode consacré aux femmes dans l'Histoire, car je vous raconterais la rivalité sanglante entre deux reines, et j'aurais du lourd, du très très lourd.

lundi 8 décembre 2014

Focus sur...#2 L'homme qui aurait pu être roi : Henri V

Aujourd'hui, c'est lundi. Et le lundi, soit on mange les chocolats de l'avent, soit on se demande pourquoi la France est une république et pas une monarchie.

Si vous vous posez cette question saugrenue comme ça un lundi, eh bien je serais ravi de pouvoir vous présenter l'homme qui a fait foiré les derniers espoirs des royalistes en 1871 : Henri de Chambord :


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lundi 1 décembre 2014

Focus sur...#1. Scandale à la cour de France : l'Affaire de la Tour de Nesle

Aujourd'hui c'est lundi. Et le lundi on peut soit regarder les Feux de l'Amour si on bosse pas, soit lire cette chronique passionnante sur l'un des premiers scandale people de l'Histoire!

En effet, délaissons un peu nos rois fous pour nous intéresser aujourd'hui à une affaire qui a sérieusement ébranler (sans jeux de mots) la monarchie française au 14e siècle : L'Affaire de la Tour de Nesle

La Porte et la Tour de Nesle, sur le quai en face du Louvre
 
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lundi 24 novembre 2014

Portrait de Roi #2 : Charles II d'Espagne

Aujourd'hui, c'est lundi. Et le lundi quand il fait gris, rien de mieux qu'une petite lecture ludique et culturelle!

Le billet du jour fera exception à la règle puisque nous découvrirons le destin d'un roi d'Espagne et non pas de France.

Penchons nous sur le malheureux Charles II, dit "l'Ensorcelé". Pourquoi lui? Eh bien je vous avais promis le portrait d'un roi fou, et lui le pauvre de ce côté là n'était sacrément pas gâté!


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lundi 17 novembre 2014

Portrait de Roi #1 : Charles VI "Avant j'étais schyzophrene, mais maintenant nous allons mieux"

Aujourd'hui c'est lundi, et le lundi c'est pourri. Sauf si par dépit, par ennui ou par envie, tu viens ici lire ceci.

Nous parlerons aujourd'hui de Charles VI, dit "le Bien Aimé" dans la première partie de sa vie, puis "Le Fou" dans la seconde...Eh oui, entre temps, ce pauvre Charles a disons-le quelque peu pété un câble.

Avant d'aller plus loin, voici un portrait de notre ami royal du jour :

 
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lundi 10 novembre 2014

Une femme dans l'Histoire #1 : Élisabeth-Charlotte du Palatinat, dite la "Palatine"

Aujourd'hui, c'est le 10/11 et il y a ceux qui font le pont et ceux qui bossent comme des nuls avant de se reposer demain. Quoiqu'il en soit, vous pouvez légitimement occuper ce jour férié souvent maussade en lisant cette chronique pleine de chose rigolote.

En effet, nous parlerons aujourd'hui d'une femme au caractère fort et qui est pour moi l'un de mes personnage historique préféré : Elisabeth-Charlotte du Palatinat, dite "La Palatine". Pourquoi elle? eh bien tout simplement parce que dès son arrivée en France, elle a entretenu avec sa tante Sophie une correspondance franchement drôle! Compilation des meilleurs extraits.


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lundi 3 novembre 2014

Les Rois qui ont eu une mort nulle #Bonus : Richard Coeur de Lion "Sortez couverts!"

Aujourd'hui, pour ce dernier épisode "bonus", je vous parlerais non pas d'un roi de France, mais d'un roi d'Angleterre dont le surnom évoque aussitôt un camembert : Richard 1er, dit Richard Cœur de Lion.

Pourquoi un épisode sur ce roi? Eh bien tout simplement parce qu'il est mort de manière idiote en France.

 
 
Mais qui es-tu Richard?
 
 
- Il est né le 8 septembre 1157 à Oxford. Richard est le fils de Henri II d'Angleterre et d'Aliénor d'Aquitaine. Sa mère, française, a d'abord été l'épouse du roi de France Louis VII. Elle est donc la seule femme a avoir été Reine de France puis Reine d'Angleterre.
 
- Il est tout d'abord promis à Alix, fille de Louis VII. Mais une fois la pauvre jeune femme en Angleterre, le propre père de Richard va abuser d'elle et en faire sa maitresse. Richard a légitimement les boules et se révolte contre son père mais finira par se soumettre en 1173, renonçant également à son mariage avec Alix. Il épousera finalement Bérangère de Navarre mais n'aura aucun enfants.
 
- Le fils à sa maman : il n'est pas destiné à régner, et pourtant, il est le fils préféré d'Aliénor qui lui donne une éducation élargie à des domaines culturels peu habituels pour des rois à l'époque. Richard sait en effet parler plusieurs langues, et il est un poète et écrivain reconnu. Après la mort de ses deux frères ainés, il devient roi en 1189.
 
- Lors de sa révolte contre son père, et au cours d'une bataille, il se retrouve face à Guillaume le Maréchal, réputé pour être le meilleur chevalier d'Europe. Richard est de plus désarmé. Il doit supplier son adversaire pour avoir la vie sauve.
 
- Lors de la 3e croisade en 1191, il se rend tristement célèbre en faisant massacrer 3000 prisonniers musulmans après la chute de St Jean d'Acre.
 
- De 1192 à 1194, il est prisonnier d'Henri VI, l'empereur du Saint Empire Germanique. Sa mère va réunir péniblement la rançon permettant de le libérer, équivalent à 2 années de recette du royaume d'Angleterre! C'est Aliénor elle même qui va transporter et remettre la rançon.
 
- En 1196, lors du siège de Gaillon dans l'Eure, il reçoit un carreau d'arbalète dans le genou et son cheval est tué. Il aurait dû commencer à se méfier comme nous allons le voir plus loin...
 
- Il est respecté par ses ennemis, comme le chef des musulmans Saladin, qui reconnaissent en lui un combattant et un stratège hors norme.
 
- Afin de démontrer leur bonne entente, Philippe Auguste, roi de France, et Richard qui se connaissent depuis l'enfance, dorment dans le même lit lorsqu'ils se rencontrent! Il se murmure qu'il y avait plus que de l'amitié dans ces nuits communes... Rumeur ou vérité, il n'en demeure pas moins que Richard n'a jamais mis beaucoup d'entrain à voir sa femme et encore moins lui faire des enfants. La théorie d'un roi bisexuel fait son chemin chez les historiens, même si la vérité ne sera jamais connue.
 
Sa mort :
 
Comme nous l'avons vu, Richard n'a pas peur de grand chose et a déjà été blessé lors du siège de Gaillon.
 
Une fois libéré de son cachot germanique, Richard va s'employer à récupérer  les territoires que Philippe Auguste lui a piqué durant sa captivité, et pendant 5 ans, il va enchainer les sièges de châteaux et batailles...jusqu'au 6 avril 1199.
 
Ce jour là, Richard Cœur de Lion assiège le château de Chalus en Haute-Vienne. Il décide de faire un peu la mariole en inspectant ses lignes, sans armure. Un chevalier de petite noblesse française, Pierre Basile, le prend en joue avec son arbalète et l'atteint à l'épaule.
 
La blessure n'est pas très grave, mais le médecin qui soigne Richard est maladroit : il casse la flèche avant de l'extraire. Le carreau étant en forme de losange à quatre pans, il doit largement incisé pour le retirer. La blessure est alors colmatée par du gras de lard... Evidemment, quelques jours plus tard, la gangrène se déclare.
 
Mercadier, qui dirige l'armée de Richard, lance alors l'assaut sur le château et tue tout ses occupants sauf Pierre Basile qui est amené devant le roi qui agonise :
 
"Quel mal t'avais-je fait? lui demande Richard. Pourquoi m'as-tu tué?
- Vous aviez bien vous tué de votre main mon père et mon frère! J'ai pris ma revanche" lui répond le jeune chevalier d'après les chroniqueurs anglais.
 
Richard décide alors de libérer Pierre Basile et ordonne qu'on lui donne même de l'argent.
Sentant sa fin proche, il fait appeler sa mère, qui à 80 ans, traverse la moitié de la France pour venir au chevet de son fils. C'est elle qui, le cœur brisé, lui ferme les yeux onze jours après qu'il ait reçu le carreau d'arbalète. Richard s'éteint à 41 ans, d'avoir voulu faire le beau devant ses soldats.
 
Pierre Basile, lui, sera vite rattrapé par Mercadier, écorché vif puis pendu.
 
Philippe Auguste, apprenant la mort de son ancien ami mais rival, dira : "Moi je suis sain et sauf, je suis vivant et Roi de France"
 
Richard Cœur de Lion, n'ayant pas eu d'enfants, c'est son frère Jean Sans Terre qui montera sur le trône. Et si vous connaissez l'histoire de Robin des Bois, vous connaissez sans doute cette partie là!
 
C'était le dernier épisode de la série de l'automne sur les rois qui ont eu une mort nulle. Dès la semaine prochaine, je vous donne rendez-vous pour une chronique hors série, et j'aurais du lourd, du très très lourd.
 
Si cette série vous a plu, parlez en à vos voisins, vos amis...Et si vous n'avez pas de voisins et pas d'amis, alors laissez un commentaire, ça fait toujours plaisir.
 
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